Un premier enregistrement du compositeur belge Eugène Samuel-Holeman (1863-1942) - La jeune fille à la fenêtre (1904)

Dans le sillage de recherches de la musicologue Valérie Dufour (FNRS-ULB) consacrées au compositeur Eugène Samuel-Holeman, le label Musique en Wallonie consacrera pour la première fois un disque à ce compositeur oublié mais représentatif d’une modernité symboliste, peu représentée en musique.

Eugène Samuel-Holeman est un compositeur, pianiste et chef d’orchestre belge né à Schaerbeek le 30 novembre 1863 et décédé à Etterbeek le 25 janvier 1942. Fils de l’éminent directeur du conservatoire de Gand Adolphe Samuel, Eugène passe sa jeunesse dans l’entourage de personnalités telles que Emile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, William De Gouve De Nuncque, tous trois témoins de son mariage avec la peintre Marguerite Holeman, dont il décidera de porter le nom après le décès de celle-ci en 1905. Diplômé du Conservatoire de Gand où il a étudié le piano, il a également fait de brèves études à la Faculté de Philosophie et Lettres de Gand. Il a travaillé comme pianiste et chef d’orchestre à Paris et à Monte Carlo puis a longuement tenu la critique musicale du journal L’Horizon à Bruxelles. En tant que compositeur, il tenait à s’écarter des réflexes de la tonalité ce qui donne à sa musique une affinité avec Debussy et parfois un profil tout à fait atonal. Ce compositeur qui mérite largement l’intérêt n’a encore jamais été enregistré.

L’œuvre : La jeune fille à la fenêtre (1904)

La jeune fille à la fenêtre pour mezzo-soprano, hautbois, cor, harpe et quatuor est un monodrame au sens d’un monologue chanté sur un poème en prose de Camille Lemonnier. Cette mise en musique déploie une forme nouvelle de chant théâtralisé, non sans lien avec l’histoire du théâtre symboliste belge. Le monodrame est un genre très en vogue au début du XXe siècle, et on ne peut s’empêcher de voir dans la Jeune fille à la fenêtre une prémonition de pièces jalons du genre comme le Erwartung de Schönberg. L’œuvre toute en nuances et en demi-teintes, presque monochromatique, a été défendue à de nombreuses reprises, à Bruxelles en 1905, puis au Théâtre du Vieux Colombier à Paris en 1914 par la grande cantatrice Jane Bathori, avant d’être encore reprise sur la scène de la Monnaie en 1927 avec Livine Mertens. L’enregistrement de l’œuvre qui dure une cinquantaine de minutes sera complété par quelques mélodies éditées de Eugène Samuel dont une sur un texte de Maurice Maeterlinck.

L’enregistrement par MeW avec Sturm und Klang et Pauline Claes

Passionnante du point de vue littéraire, La jeune fille à la fenêtre est une œuvre dont l’importance doit être démontrée sur le plan de l’histoire de la musique. Les recherches de Samuel-Holeman d’une “musique libérée des contraintes de la tonalité”, formulées dans ses articles dès les années 1890, invitent à défendre la place de ce compositeur dans le mouvement moderne du tournant des XIXe et XXe siècles. De toute évidence, il s’agit d’une musique de création dont il s’agit de raviver toute la modernité. Sturm und Klang est un ensemble qui s’est distingué depuis de nombreuses années dans la création d’œuvres de musique belge et est très honoré d’avoir été choisi par Musique en Wallonie pour ce projet d’enregistrement avec la mezzo Pauline Claes.  

 

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